Si tu me demandes quelle Harley moderne me fait le plus plaisir à rouler dans les cols des Pyrénées, je réponds sans hésiter la Low Rider S. Ça surprend les gens, parce que dans la tête de beaucoup, Harley rime avec ligne droite et balade tranquille. La Low Rider S casse ce cliché. C'est la Softail que je décris à mes clients comme « celle qui sait enfin tourner ». Je viens de la sortir sur le col de Menté, un de mes terrains de jeu favoris depuis vingt ans, et je vais te raconter pourquoi cette machine est à part dans le catalogue actuel.
Une silhouette qui annonce la couleur
Au premier regard, la Low Rider S ne ressemble pas à une cruiser sage. La petite tête de fourche, ce mini carénage façon café-racer monté sur la fourche, donne un look agressif et trapu. Le guidon est un guidon haut type moto-cross, large, qui te place les bras en position de contrôle, pas en position de croisière nonchalante. Tout dans la posture dit que cette moto veut être pilotée. Peinture sombre, finitions noir mat sur le moteur, jantes pleines. C'est une Harley qui assume un côté brut et sportif. Julien adore la préparer, il dit qu'elle a déjà tout d'origine pour avoir de la gueule.
Le M8 114, parfaitement à sa place
Au coeur, le Milwaukee-Eight 114, 1868 cm3, environ 155 Nm de couple. Sur la Low Rider S, ce moteur trouve son meilleur contexte selon moi. La moto pèse autour de 303 kg, et la répartition des masses plus la position de conduite font que tu exploites le couple de façon vivante. À la sortie des épingles du col de Menté, tu es à 3000 tr/min sur le rapport intermédiaire, tu ouvres, et la poussée est immédiate et linéaire. Pas besoin de jouer de la boîte en permanence, le couple est partout. C'est un moteur qui récompense la conduite fluide, celle où tu anticipes, où tu portes ta vitesse en courbe au lieu de freiner-accélérer brutalement.
Les suspensions, le vrai secret
Voilà ce qui fait toute la différence avec une Softail classique. La Low Rider S reçoit des suspensions à plus long débattement et fermes, avec un amortisseur arrière mono mieux calibré et une fourche qui travaille pour de vrai. Là où une Heritage ou une Street Bob va talonner et flotter quand tu attaques une route bosselée, la Low Rider S encaisse, reste stable, et garde le contact au sol. Sur les revêtements dégradés de certaines portions pyrénéennes, cette tenue change tout. Tu gardes confiance, la roue arrière ne sautille pas en sortie de virage quand tu remets les gaz sur le bitume irrégulier.
L'agilité et la garde au sol
C'est le chapitre qui résume pourquoi j'aime cette moto. Grâce au guidon large, à la position et aux suspensions, la Low Rider S s'inscrit en courbe avec une facilité déconcertante pour une Harley de ce poids. Tu donnes une impulsion au guidon, la moto bascule et tient son angle. Et surtout, la garde au sol est nettement supérieure aux autres Softail. Là où une Fat Boy frotte ses repose-pieds dès qu'on s'amuse un peu, la Low Rider S te laisse coucher la moto bien plus loin avant de gratter. Voici ce qui ressort de ma journée sur le col :
- ·Agilité de mise sur l'angle remarquable pour 303 kg, grâce au guidon moto-cross.
- ·Garde au sol supérieure aux autres Softail, on attaque vraiment avant de frotter.
- ·Suspensions fermes qui encaissent les routes dégradées sans flotter ni talonner.
- ·Couple du M8 114 disponible partout, parfait pour la conduite fluide en lacets.
- ·Mini tête de fourche qui protège un peu du vent sans alourdir la direction.
L'usage sportif et ses limites
Soyons clairs, la Low Rider S reste une Harley, pas une sportive japonaise. Si tu cherches à poser le genou par terre et à enrouler des chronos, ce n'est pas l'outil. Mais pour la catégorie cruiser, niveau plaisir de pilotage, on tient le haut du panier. Les limites apparaissent quand tu pousses fort : le poids se rappelle à toi dans les enchaînements très rapides, le freinage avant, même avec un étrier correct et l'ABS, demande de l'anticipation en descente prolongée. Et la garde au sol, bien que meilleure, finit par limiter l'angle si tu deviens vraiment gourmand. C'est une moto pour rouler vite et bien dans un style coulé, pas pour faire de la piste. Dans ce registre, elle est juste excellente.
Confort et prix en occasion
Côté confort, la position penchée vers l'avant et la selle ferme conviennent bien aux étapes de 150 à 250 km. Sur de très longues distances autoroutières, la mini tête de fourche ne protège pas autant qu'un vrai carénage, donc ce n'est pas la reine du grand tourisme. Réservoir d'environ 18,9 litres, ce qui donne une autonomie correcte d'à peu près 250 km avant la réserve en conduite normale, déjà mieux que la Fat Bob. En occasion chez Planet Harley, une Low Rider S propre se négocie entre 17 000 € et 22 000 € selon l'année et le kilométrage. C'est une moto recherchée, donc la cote tient bien et les exemplaires bien suivis partent vite. Quand j'en rentre une saine, elle reste rarement plus de trois semaines en vitrine.
La Low Rider S, c'est la preuve qu'on peut faire une Harley qui prend du plaisir dans un col sans renier l'ADN V-twin. Pour moi, c'est la plus aboutie des Softail à piloter.
Cas vécu
En septembre 2024, un client, Olivier, un ancien pilote amateur de roadster qui s'était mis à la Harley sur le tard, m'a appelé déçu. Il avait acheté ailleurs une Softail Street Bob qu'il trouvait molle dès qu'il voulait s'amuser en montagne. Il pensait que toutes les Harley étaient comme ça et il regrettait son ancien roadster. Je lui ai proposé de venir essayer une Low Rider S que j'avais en stock, sans engagement. On est partis ensemble un samedi matin, lui sur la Low Rider S, moi derrière sur une autre, direction le col de Menté par les petites routes du Comminges. Au bout de 30 km, on s'arrête à un belvédère, et je vois sa tête. Il avait le sourire d'un gamin. Il m'a dit : « Franck, je ne pensais pas qu'une Harley pouvait faire ça, elle tourne, elle est saine, je me régale. » Le truc, c'est qu'il avait jugé toute la marque sur une seule moto qui n'était pas faite pour son usage. La Street Bob est excellente pour ce qu'elle est, une cruiser polyvalente et accessible, mais ce n'est pas une moto d'attaque. Il est reparti avec la Low Rider S la semaine suivante et il a revendu sa Street Bob. Depuis, il me poste des photos de cols presque tous les mois. La leçon que je tire de ça et que je répète à l'atelier : il n'y a pas de mauvaise Harley, il y a juste des Harley mal mariées à leur conducteur. Essayez avant de juger, et surtout essayez le bon modèle pour ce que vous voulez faire.